Vidéos des lundis de l'IHedn

Les « Lundis de l'IHedn » sont des conférences mensuelles ouvertes à tous, consacrées à de grandes questions d'actualité, touchant aussi bien aux questions de défense qu’aux relations internationales en général. Ces conférences sont assurées par les meilleurs experts de la politique internationale.

L'IHEDN n'entend donner aucune approbation ni improbation aux opinions émises dans le cadre des conférences des lundis de l'Ihedn.

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Conférence des Lundis de l'IH du 23 janvier 2017

Benjamin STORA
Professeur des universités
Président du Musée de l'Histoire de l'Immigration

Le sujet de l’immigration est si vaste que le conférencier  n’en traitera que quelques aspects.
La question migratoire a une nouvelle fois fait irruption dans le débat politique français en 2015 : l’Europe et la France ont été confrontées à la plus grande crise migratoire depuis 1945.

La question des définitions s’impose : on a beaucoup parlé de migrants alors qu’auparavant, on parlait d’immigrés ou d’étrangers. Ce nouveau vocabulaire s’est installé comme mot « fourre-tout » avec un effacement de frontières théoriques entre le migrant permanent ou temporaire. La notion de « réfugiés » est revenue aussi sur le devant de la scène. Dans ce bouleversement, il y avait également la sensation d’une difficulté supplémentaire en Europe car la vague migratoire n’a pas été intégrée dans les sociétés dites d’accueil. La nouveauté de cette vague est donc apparue face à une classe politique qui s’est trouvée désemparée. D’où la tentation du repli et de la fermeture, alors que l’Europe a été conçue comme un espace de liberté de circulation.

Faut-il refermer les frontières face à cette vague migratoire qui risquerait de remettre en question le modèle social ou faut-il accueillir et anticiper avec la construction de camps de réfugiés ? Un débat apaisé s’impose sur ce sujet. En effet, il faut souligner le paradoxe français : pourquoi la France a-t-elle accueilli le moins de réfugiés en Europe alors qu’il s’agit d’un vieux territoire d’immigration ? La question est vraiment paradoxale car la France s’est construite tout au long du XXe siècle sur la question migratoire, mais ces vagues migratoires donnent le sentiment d’avoir été plus faciles à intégrer que celles actuelles. Historiquement, l’immigration venait en renfort, de la construction d’une identité nationale française, soit à des fins de reconstruction après les guerres ou pour accompagner l’essor économique. Ces vagues migratoires étaient européennes (belges, suisses avant la 1e guerre mondiale) puis en provenance d’Europe centrale, d’Italie et Espagne (avec un pic de 450.000 immigrés espagnols en quelques semaines seulement).

Historiquement, le modèle social, économique et politico-culturel permettait l’intégration. C’est ce que l’on appelle le récit national français par l’assimilation politique et culturelle. Mais dans ce sentiment que l’on a, il y a déjà une très grosse difficulté d’intégration ou de l’opposition (notamment dans les années 1930) avec de l’antisémitisme ou du racisme. On a donc gardé une version plus édulcorée, en gommant toutes ces aspérités.

Assistons-nous à une remise en question de ce type de mécanisme d’intégration? Plusieurs réponses peuvent être avancées.

Pendant longtemps, l’immigration était vue sous un angle social, de la force de travail.

Depuis 1970-1980, la question de l’immigration est vue sous l’angle de la mondialisation. La France n’est plus dans un système exclusif de tête à tête, avec ses anciennes colonies. Le terrain est plus vaste et l’immigration concerne 240 millions de personnes sur le plan international. La plupart des pays de l’OCDE sont tous soumis à des pressions migratoires. Le Royaume-Uni accueille 300.000 étrangers par an, la France 250.000 immigrés en 2015 avec un solde positif de 35.000 et en plus 70.000 étudiants étrangers.

Par ailleurs, le dérèglement climatique va aller en s’accélérant, notamment en Afrique sub-saharienne, provoquant de réelles perturbations géopolitiques.

Il existe désormais une mise en concurrence des savoirs des gens hautement qualifiés qui circulent pour se vendre au meilleur prix. Ce sont les expatriés et notamment chez les jeunes générations.

La peur de l’effacement des points de repère culturels et identitaires : la montée en puissance des nationalismes politiques vient en miroir de l’accélération de la mondialisation. C’est un paradoxe qui provoque aussi des soubresauts, des chaos politiques, des fragilités démocratiques. D’où l’émergence de sociétés multiculturelles où l’on peut conserver des traditions d’origine, mais qui n’apparaissent pas comme contradictoires avec les pays d’accueil. On parle d’hybridation culturelle des sociétés qui provoque des comportements de repli pour préserver l’identité nationale.

Ces immigrations nouvelles sont en grande partie en provenance du sud de la méditerranée notamment d’Afrique du nord et sub-saharienne. Il faut constater que la plupart de ces personnes sont des immigrations de type post colonial, selon le vocabulaire historique. C’est une immigration déjà ancienne (3ème ou 4ème génération). L’histoire politique de ces immigrations est donc différente. Les différences, sont-elles d’ordre culturaliste et religieux, ou proviennent-elles d’un rapport à l’histoire coloniale ? Or la connaissance de l’histoire politique de ces 3 pays maghrébins est très faible. Et au sein des familles, il n’y a pas eu de transmission mémorielle. Notamment la perspective de retour au pays ne s’est pas faite et dans ces silences des pères ou grands-pères, les récits intégristes se sont infiltrés. Ces deux déficits mémoriels cumulés donnent des nouvelles générations privées de mémoire qui se forgent des mémoires fabriquées particulièrement dangereuses. Il existe un véritable défi à relever pour montrer d’autres histoires à ces populations. D’où la naissance du musée de l’immigration dans les années 2000 décidée par Chirac en liaison avec Toubon.

L’histoire de l’immigration a irrigué l’histoire française, certes avec des difficultés, mais sans omettre que l’intégration de l’immigration a été aussi une chance pour la France.

La République dispose traditionnellement d’outils d’intégration : école, armée, engagement politique et syndical. Or il existe une crise de ces institutions qui étaient de formidables outils d’intégration.

Les trois âges de l’immigration sont l’intégration par le travail, puis la réussite sociale et enfin l’interrogation sur les origines. Or il existe un grippage sur le deuxième volet et les immigrés vont chercher le retour aux origines sans pouvoir prendre appui sur une réussite sociale.
 

 

Conférence des Lundis de l'Ihedn du 12 décembre 2016

Conférence du 12 décembre 2016
Pierre NORA

Historien
Membre de l'Académie Française

La notion d'identité nationale si incertaine qu'elle soit, si imprécise, est aujourd'hui centrale dans l'actualité politique. Si l'on cherche cependant à définir historiquement son rôle dans le moment français, on pourrait dire que cette notion est au confluent de deux phénomènes majeurs: l'affaiblissement du régime classique de l'identité nationale républicaine et l'avènement de ce que l'on peut appeler le régime "démocratique" des identités de groupes. Des identités dans leur principe difficilement compatibles avec une identité nationale dominante. Il s'agit donc après avoir rappelé les éléments clés du modèle républicain- une synthèse des identités nationales précédentes, la séparation des églises et de l'État, l'universalisme à la française - de montrer comment les 30 ou 40 dernières années ont atteint tous les paramètres du modèle. De montrer ensuite comment l'affranchissement général de toutes les minorités - sociales, sexuelles, religieuses, provinciales, etc. - dont l'histoire propre avait été réduite à la vie familiale ou privée -, amène l'affirmation d'identités particulières difficilement compatibles avec une idée nationale dominante.

"L'identité démocratique" de la France consiste dans ce passage à une conscience de soi plus sociale que politique, plus mémorielle qu'historique, plus patrimoniale que nationale.

Comment s'opère l'articulation entre ces deux modèles, surtout dans un moment surdéterminé par trois phénomènes pressants: la présence d'une population musulmane pour partie rétive aux normes de la francité coutumière, les avatars de l'Union européenne sur fond de déclin de l'Occident, les contraintes de la mondialisation qui représentent un défi spécial pour le plus vieux des États-nation.

Conférence des Lundis de l'IH du 21 novembre 2016

2017 : Les Etats-Unis, nation toujours indispensables ?
Conférence de Nicole Bacharan,
Politologue, spécialiste des Etats-Unis