Allocution du GCA Patrick Destremau, directeur de l'IHEDN, pour les 70 ans AA de l'IHEDN

Jeudi 28 novembre 2019
 
Patrick Destremau
Général de corps d’armées
Directeur de l’Institut des hautes études de défense nationale
Directeur de l’enseignement militaire supérieur
 
 
 
Allocution pour les 70 ans
de l’Association des Auditeurs de l'IHEDN
 
 
 
 
Paris, le 27 novembre 2019

Mesdames et messieurs les parlementaires,
Madame la secrétaire générale,
Mesdames et messieurs les directeurs,
Monsieur le président de l’Association des auditeurs de l’IHEDN,
Mesdames et messieurs,
Chers auditeurs, chers amis,
 
 
Quelques mots pour vous dire ma fierté d’être auprès de vous ce soir.
 
Quelques mots aussi pour vous dire mon émotion : vous avez témoigné de blessures qui nous rappellent la dureté des combats, le sens du sacrifice, les risques de l’engagement, la vulnérabilité de nos vies et des valeurs qu’elles portent.
 
Et je ne peux pas ne pas penser au 4 novembre 2004 où, lors de cette seule journée, 9 de mes marsouins ont été tués, et quelques quarante ont été blessés, dont beaucoup très lourdement…
 
Vous avez dit tout ce qu’il fallait dire pour mesurer ce que doit la défense de notre pays aux femmes et aux hommes qui servent sous nos drapeaux.
 
Autour de vous réunis, nos auditeurs, par leur engagement, forment une communauté solidaire et soudée.
 
Car il s’agit bien de cela au fond, essentiellement de cela, depuis que la République est une : « faire bloc » pour faire front, pour défendre nos valeurs quand elles sont attaquées, pour défendre « le qui vive républicain ».
 
Nous sommes ici pour célébrer les 70 ans de l’Association des auditeurs de l’IHEDN, mais en même temps, chacun évalue bien l’urgence de continuer à agir.
 
Plus que jamais, il est nécessaire de fortifier les liens entre la Nation et son armée, entre la société et l’Etat.
Plus que jamais, il est nécessaire de faire vivre une culture de défense largement partagée.
Plus que jamais, il convient de promouvoir « une unité de sentiment et de pensée pour la défense du pays » : inlassable combat dont, chers auditeurs,  vous êtes les fers de lance engagés !
 
Le 18 octobre dernier devant nos sessions réunies à l’Ecole militaire, le Premier ministre, en quelques traits, a tracé le visage d’une institution qui tient par l’implication de ses auditeurs, d’une institution plus que jamais utile :
faire bloc ;
faire preuve de vigilance ;
faire preuve de discernement.
 
Voilà qui donne chair, qui donne sens à notre engagement commun !
 
Une institution plus que jamais utile parce qu’elle est vivante, parce qu’elle n’est pas figée dans la certitude d’une mission accomplie, parce qu’elle sait qu’il faut que tout change pour que tout continue…
 
Vous le savez : l’IHEDN se transforme parce qu’elle doit poursuivre sa tâche pour répondre très exactement, sans disperser ses forces ni succomber à la nostalgie, aux impératifs du moment.
 
En d’autres termes, si nous sommes là pour célébrer les 70 ans de votre association, c’est que l’IHEDN a toujours su, quand il le fallait, évoluer, changer, tout en résistant à la double tentation de l’inertie et du bougisme.
 
Certes le sens de nos missions, l’horizon de notre action, reste le même.
 
Qui pourrait dire que « la cohésion nécessaire à la défense du pays », définie à sa création comme un but à réaliser, est aujourd’hui garantie ?
Qui pourrait dire que notre politique d’ouverture, destinée à répondre à l’impératif de défense globale, est aujourd’hui achevée ?
Qui pourrait dire, dans un contexte marqué par l’intrication inédite des dangers qui menacent, que la formation des cadres de l’Etat et de la sphère privée aux enjeux de « défense globale », si étroitement enchâssés, est aujourd’hui obsolète ?
 
Plus que jamais, l’Etat et les forces de sécurité ou militaires ne sauraient protéger la Nation sans l’appui du corps social tout entier, et sans l’engagement soutenu et éclairé des plus hauts responsables,
dans tous les secteurs d’activité.
 
Ainsi, le Premier ministre a décidé: l’IHEDN, créateur de liens,  doit perdurer parce qu’il est profondément utile au pays.
 
L’histoire d’une institution comme la nôtre, en effet, est intimement liée à celle d’un pays dont les défis stratégiques connaissent tant de rapides mutations, nous obligeant à transformer notre approche et nos méthodes.
 
Ainsi, notre action est-elle amenée à s’inscrire davantage dans le cadre élargi de l’architecture européenne de sécurité renouvelée que le Président de la République appelle de ses vœux, dans un contexte que vous connaissez…
 
C’est dans cette optique qu’une session politique de défense européenne se tiendra pour la première fois le printemps prochain. Cette nouvelle session européenne est un programme précurseur : précurseur de la nouvelle offre qui sera mise en place en 2021 : une offre sur laquelle nos équipes pleinement mobilisées travaillent d’arrache-pied, en s’appuyant sur le meilleur d’un savoir-faire éprouvé.
 
Et ce que nous savons faire de mieux, je crois, c’est mettre ensemble des mondes qui habituellement ne se parlent pas.
 
Ainsi, pour la première fois, en juin 2020, nous réunirons, autour de nos auditeurs issus de toutes les composantes  de la société française, des politiques, des praticiens et des chercheurs, lors d’un grand colloque dont nous attendons qu’il puisse être un de ces moments privilégiés où la pensée stratégique s’articule et se déploie.
 
Sur le fond, je souhaite que les efforts engagés puissent conduire à clarifier, simplifier et recentrer nos missions. Ces efforts se déploient dans la perspective d’une modernisation de l’Etat attendue et nécessaire. Ils impliquent, en même temps, «économie de moyens » et « renouvellement des méthodes ».
 
Dans ce cadre, notre institut, conformément à la mission qui est la sienne, a bien vocation à aborder les enjeux de sécurité et de défense dans leur dimension interministérielle et globale, tels que les enjeux de défense et de sécurité économique qui engagent la question centrale de notre souveraineté.
 

*

 
Chers auditrices, chers auditeurs, vous n’êtes pas, contrairement à ce que le nom indique, voués simplement à « écouter »… Et j’ai d’ailleurs sollicité trop longtemps votre écoute….
 
Vous êtes là pour agir, et même plus, interagir, en étant force de proposition, pour nourrir le débat stratégique, et sur le terrain pour vous engager.
 
La réserve citoyenne de l’IHEDN vous sera ainsi bientôt ouverte… Je ne doute pas que beaucoup d’entre vous souhaiteront la rejoindre....
 
Je tenais donc à vous remercier toutes et tous, très chaleureusement, pour votre implication régulière, durable, exigeante, au service de notre pays,  pour que vive la République.
 
Je remercie enfin le président LARCHER qui nous reçoit ce soir, pour son hospitalité ; mais aussi, the last but not the least, Jérôme DE LABRIFFE qui a la lourde charge de continuer à faire vivre votre Association dont je souhaite… et dont je pressens qu’elle aura, pour longtemps, bien d’autres anniversaires conviviaux à fêter.

Télécharger l'allocution