Passions et religions dans les relations internationales

Lundis de l'IHedn
Intervenant : Monsieur MAÏLA Joseph - 13 décembre 2010

Conférence des lundis de l'Ihedn du 13 décembre 2010. Monsieur MAÏLA Joseph, directeur de la prospective au Ministère des Affaires Etrangères.

Pour ce troisième Lundi du cycle 2010-2011 consacré à la problématique des « grandes ruptures stratégiques », Monsieur Joseph Maïla nous permet de nous interroger sur les passions et les religions dans les relations internationales.

Il est évident de constater que les passions ont été un moteur de l’histoire, notamment dans leur expression nationale, souvent agressive ou conquérante, et dans le contexte de la rivalité entre les Etats, entre les Empires. Et c’est bien pour contenir leurs effets les plus négatifs que furent mises en place après 1945 des institutions internationales, l’Organisation des Nations Unies en premier lieu. Pour être viable, le monde a besoin d’institutions. Le droit international a vocation à fixer des règles. Les traités internationaux imposent le respect d’engagements mutuels. La sécurité passe par des organisations collectives. Ces acquis considérables peuvent être remis en cause. On doit constater en effet que certains régimes tentent de s’affranchir des engagements pris, en particulier dans le domaine de la prolifération nucléaire. De plus certaines questions non résolues déchaînent des passions. De même les querelles entre majorités et minorités ont parfois débouché sur des tragédies, comme dans les Balkans. Enfin, mais il ne s’agit que d’exemples, les réflexes nationalistes sont mobilisés dans certains Etats qui n’arrivent pas à se dégager de la mémoire de passés douloureux. C’est vrai en Europe mais également en Asie et en Afrique.

Les croyances religieuses, qui ont longtemps nourri l’expression de ces passions et de ces émotions, semblent demeurer un facteur important des relations internationales. On le constate dans les invectives des mouvements jihadistes internationaux. Et dans le souci de plusieurs dirigeants occidentaux à adresser un message d’ouverture et de dialogue au « monde musulman », notion un peu abstraite mais qui a une part de réalité. On le voit à travers l’écho international de certaines polémiques nationales. On se souvient des débats tendus sur le préambule du projet de Constitution européenne à propos du paragraphe sur les racines chrétiennes de l’Europe. La question religieuse est revenue à l’agenda des politiques publiques des différents pays et sur la scène européenne elle-même. Et comme Monsieur Maïla l’a écrit dans la postface d’un ouvrage intitulé « L’Europe avec ou sans Dieu », « il faut prendre acte de ce qui a changé dans la configuration des religions en Europe ».